Plateforme sécurisée d'envoi de fichiers volumineux en ligne. [ Cliquez-ici ]
Moteur de veille, plus de 400 sources d'informations francophones. [ Cliquez-ici ]
Steve Ballmer, président exécutif du géant américain Microsoft a annoncé une série de mesures destinées à rendre ses technologies (spécifications de ses produits, protocoles et formats de fichiers) plus ouvertes et à faciliter leur interopérabilité avec ceux de la concurrence. La firme de Redmond souhaite ainsi « garantir l'ouverture et l'accès de ces produits, promouvoir la portabilité des données, améliorer le support des standards de l'industrie et favoriser les engagements avec les communautés open sources sur les questions d'interopérabilité ». Explications et réactions. Un changement radical de politique : pourquoi ? Avant d'évoquer les mesures annoncées, intéressons-nous à l'origine de ce changement de stratégie et de politique de la part de Microsoft. Plusieurs raisons peuvent être évoquées : Il faut tout d'abord savoir que le Tribunal de première instance (TPI) auprès de la Cour de justice européenne a infligé à Microsoft, lundi 17 septembre au Luxembourg, une défaite retentissante face à la Commission européenne en confirmant une condamnation pour abus de position dominante et en dénonçant son «quasi-monopole sur le marché des systèmes d'exploitation - qui équipe 95 % des ordinateurs individuels - afin de restreindre la concurrence » ainsi que « l'absence d'interopérabilité risquant d'éliminer la concurrence. » La Commission a en fin de compte infligé une amende de 899 millions d'euros. ; À une semaine du vote de l'ISO (chargé d'officialiser des normes internationales dans les domaines industriels et commerciaux) sur la standardisation du format Open XML, un débat très complexe concernant l'avenir commercial et politique de Microsoft dont on vous reparlera certainement (un petit rappel néanmoins : à cause d'un trop grand nombre de problèmes, l’Open XML est actuellement bloqué au statut 40.60. S’il passe les examens de cette semaine, son statut passera alors au 40.99 mais s'il passe en 40.98, cela signifierait que le projet est abandonné. De plus, l’ODF, pour OpenDocument Format (utilisé par OpenOffice, KOffice et Abiword)qui est déjà une norme ISO, est un concurrent d'Open XML et entend bien jouer dans le débat pour rester le seul standard actuel dans ce domaine). La firme de Redmond semble vouloir faire des concessions dans le domaine de l'interopérabilité et montrer son bon vouloir et son changement radical de politique ; Troisième raison que l'on peut évoquer : Google. En effet, ce dernier lance régulièrement des logiciels gratuits sur internet et Microsoft semble vouloir une nouvelle fois, s'inviter dans ce domaine. D'ailleurs, selon Carmi Levy, consultant chez AR Communications : Citation : Carmi LevyS'il ne changeait pas son modèle économique, le groupe était en passe de devenir un acteur d'hier, une relique des premiers temps de la révolution informatique Interopérabilité et mesures annoncées L'éditeur Microsoft a donc annoncé il y a quelques jours une série de mesures se basant autour de quatre nouveaux principes régissant son attitude en matière d'interopérabilité. Open connections C'est surement la mesure la plus importante : Microsoft vient en effet de rendre public plus de 30 000 pages de documentation soit 310 Mo, concernant des API et protocoles qui permettent de communiquer pleinement avec les services Windows sur son célèbre site MSDN (destiné aux développeurs), et autorise l'utilisation de ceux-ci à des fins non commerciales ce qui va sans doute ravir les responsables des distributions GNU/Linux). Concrètement, l'API ou interface de programmation, contient un ensemble de fonctions de bas niveau, c'est à dire simple (par exemple, ouvrir un fichier, le parser, le fermer, etc) qui ont la propriété d'être d'un usage courant dans le langage utilisé que ce soit du PHP/C/C++. D'où l'idée de les programmer une fois pour toutes puis de les mettre à disposition de la communauté des programmeurs. Le protocole lui est un ensemble de règles permettant à des entités informatiques de communiquer (le plus connu étant le protocole TCP/IP). Par exemple : Tu es là ? Oui, je suis là. Es-tu prêt à recevoir des données ? Oui, je suis prêt. Auparavant, seules quelques rares entreprises avaient les moyens de se payer certaines licences auprès de Microsoft. Pour les personnes intéressées, sachez que cette documentation est divisée en deux catégories : Windows Communication Protocols Program (MCPP) qui regroupe l'ensemble des informations techniques sur la manière dont sont implémentés les protocoles dans les différents systèmes d'exploitation Windows : Windows 2000, XP, Vista, etc. ; Windows Server Protocols Program (WSPP) regroupe lui les protocoles de la version serveur de Windows, Windows Server (de NT 3.1 à 2008 inclus), utilisés dans le cadre des services de partage de fichiers, d'imprimantes et d'administration. Ces informations sont gratuites et en accès libre mais requièrent un niveau de compétence assez élevé pour être appréhendées (ici par exemple : 382 pages sur un protocole du système d'impression ). On y retrouvera par exemple la documentation des protocoles suivants : Background Intelligent Transfer Service (BITS), Component Object Model Plus (COM+), attributs des schémas Active Directory, protocoles du système d’impression, Plug & Play . Attention cependant, aucune ligne de code n'est divulguée, il s'agit uniquement de la documentation précisant comment les produits Microsoft communiquent pour pouvoir plus facilement faire dialoguer des applications tierces avec (en fait, vous trouverez parfois des exemples de codes mais jamais le code source du protocole). Jusqu'à présent, pour travailler avec Microsoft et avoir accès à cette documentation, il fallait s'inscrire sur le site MSDN et envoyer un courrier à Microsoft pour qu'il étudie, et accepte la demande. Désormais, les développeurs auront accès à cette information librement, sans qu'il ne soit nécessaire de payer une licence. À noter enfin que les protocoles d'Office 2007, Sharepoint ou Exchange seront disponibles en juin. La firme de Redmond annonce une deuxième nouveauté concernant ce premier principe (Open Connections) : une page spécifique répertoriera les technologies et protocoles couverts par des brevets qui nécessiteront l'achat d'une licence d'utilisation (« raisonnables et non discriminatoires » et accessible aux entreprises selon Steve Ballmer) . En effet, vous avez peut-être entendu parler des récents différends entre Windows et GNU/Linux sur les brevets. Support des standards industriels Microsoft souvent critiquée pour sa mauvaise gestion des standards utilisés dans ses logiciels, va bientôt proposer une documentation sur la manière dont certains standards sont supportés dans ses produits, en incluant les extensions qui peuvent affecter l'interopérabilité de ces standards avec d'autres implémentations tierces (Office et OpenOffice.Org par exemple). Comme précédemment, cette documentation sera libre, gratuite et disponible sans aucune licence. Portabilité des données Microsoft souhaite que tous ses formats de données ou binaires (.doc, .ppt, .xls, etc) soient soumis à des organismes de standardisation ou à la communauté des développeurs pour permettre la portabilité des données et donc l'implémentation de celles-ci dans des logiciels indépendants. Ainsi, de nouvelles API devraient être créées afin de développer de nouveaux formats (dans Office par exemple). Dans la même optique, Microsoft a créé il y peu de temps le programme OSP (Open Specification Promise) pour permettre cette portabilité. Brian Jones, program manager sur la suite Office, a de plus annoncé la création d'un projet libre de traduction des anciens formats binaires vers les nouveaux formats Office Open XML (b2xtranslatror). Open Source Enfin, Microsoft a annoncé sa volonté de s'investir dans le monde de l'Open Source. Steve Ballmer a rappelé que sa société était en train de multiplier ses initiatives de communication en matière du logiciel libre avec les acteurs du monde de l'Open Source : conférences, laboratoires et autres évènements prendront place au sein de l'Open Source Interoperability Initiative, qui proposera également une documentation spéciale à l'adresse des développeurs Open Source. Réactions de la communauté informatique Plusieurs réactions ont suivi ces annonces : APRIL Pour l'APRIL, association de défense du logiciel libre : Citation : AprilCet accord marque un virage intéressant dans la stratégie de la société : la reconnaissance que l'interopérabilité est un besoin fondamental pour les utilisateurs de solutions informatiques. Malheureusement, cette nouvelle stratégie ne va pas au bout de la démarche et continue d'exclure le monde du logiciel libre de l'accès aux formats et aux protocoles utilisés dans les logiciels de Microsoft. En effet, la plupart de ces protocoles sont couverts par des brevets, et les licences de ces brevets ne pourront être obtenues qu'à des conditions dites raisonnables et non discriminatoires. Ce type de licence nécessitant rémunération par copie de programmes favorise les monopoles au détriment des PME et exclut de fait l'ensemble des développeurs de logiciels libres. Le communiqué de l'entreprise de Redmond annonce habilement qu'elle ne poursuivra pas en justice les développeurs de logiciels libres qui procèdent au développement et à la distribution non-commerciale de logiciels reposant sur ces protocoles, mais précise bien que toute distribution commerciale devra s'accompagner d'une acquisition de licence, de brevet, contre rémunération. AFUL Pour l'AFUL, Association Francophone des Utilisateurs de Linux et des Logiciels Libres : Citation : AFULIl conviendrait de rester très prudent quant à la portée de cette ouverture d'autant plus qu'il serait naïf de croire à un réel changement. La démarche de l'éditeur est avant tout nécessaire économiquement alors que la prise de conscience du logiciel libre se développe de plus en plus, non seulement chez les particuliers, mais également et surtout dans les entreprises, administrations et collectivités : Microsoft semble avoir enfin compris, au moins pour sa communication, que la dynamique de la nouvelle économie ne peut exister sans ouverture, et que ses clients n'entendent plus être enfermés et ficelés. Aspect positif de ce pseudo-engagement, Microsoft reconnaît officiellement pour la première fois que les brevets logiciels bloquent le développement des logiciels libres. Commission Européenne Quant à la Commission Européenne, très impliquée dans le dossier Microsoft : Citation : Commission EuropéenneLa Commission européenne prend note des annonces d'aujourd'hui faites par Microsoft de son intention de se conformer à un certain nombre de principes afin de promouvoir l'interopérabilité avec quelques-uns de ses produits à très fortes parts de marché. Cette annonce n'a pas de lien avec la question de savoir si Microsoft a oui ou non accepté les règles de l'Union européenne dans ce domaine par le passé. Néanmoins, la Commission note que l'annonce d'aujourd'hui suit au moins quatre annonces similaires faites par Microsoft dans le passé sur l'importance de l'interopérabilité. Annexe Liens relatifs à cette news Site officiel de Microsoft France Documentation (protocoles, API) Windows Communication Protocols Program (MCPP) Windows Server Protocols Program (WSPP) Site officiel de l'AFUL Site officiel de l'APRIL Lexique Un petit lexique pour finir : Protocole : un protocole est un procédé qui permet de communiquer entre deux machines, il en existe plusieurs (IRC, HTTP, FTP, SSH...). Chaque protocole a sa fonction précise : irc pour t'chatter, http pour afficher les pages web, ftp pour transférer les fichiers, ssh pour la connexion à distance sécurisée etc. API : API veut dire Application Programming Interface, il définit la façon dont un matériel informatique communique avec un autre. Lire la suite sur Siteduzero