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Pékin, capitale chinoise et ville organisatrice des JO, emploierait près de 280 000 étudiants et fonctionnaires pour poster des messages de propagande sur les blogues et les forums afin d'appuyer les décisions prises par le parti au pouvoir, le Parti Communiste Chinois. Aperçu de l'Internet chinois Comme vous le savez sans doute, la Chine est un régime autoritaire communiste qui pratiquait la collectivisation des biens et des terres alors que ses frontières étaient fermées au commerce extérieur. Cela a cependant changé il y a environ une trentaine d'années : la collectivisation a laissé place à «l'économie socialiste de marché», c'est-à-dire que le pays a, entre autres, ouvert ses frontières et, de ce fait, a commencé à exporter massivement ses produits. Cette ouverture a été une véritable révolution pour la Chine, car composée d'une population de plus de 1,3 milliard d'habitants et d'une législation du travail très stricte, elle a réussi à se hisser au 2e rang mondial en ce qui concerne le PIB. Ces fantastiques résultats font évidemment le bonheur du PCC qui y voit la réussite de son modèle communiste à travers le monde. Cependant, bien que l'économie chinoise soit une vraie réussite depuis son ouverture, elle n'en demeure pas moins gérée par un régime autoritaire. Internet, qui permet aux individus de s'exprimer facilement et librement, représente donc un inconvénient de taille majeure pour le PCC. En effet, il est facile de s'imaginer comment 250 millions d'internautes chinois peuvent décrire la Chine à leurs contacts occidentaux ! Profitant de l'anonymat qu'amène Internet, les Chinois se livrent ainsi à de nombreuses critiques visant le régime en place, contrastant avec l'immobilisme d'une presse que l'on sait contrôlée par le Parti unique. C'est de cette manière que se sont développés de nombreux blogues et forums sur l'Internet chinois depuis 2004. La renommée de certains d'entre eux s'étend même à tout le pays, comme c'est le cas pour ytht.net, le forum de l'Université de Pékin, qui comptait des centaines de milliers d'inscrits ! Afin de stopper ce foisonnement de critiques à son égard, le Parti unique a décidé d'intervenir depuis 2005. La « Wu mao dang » Un cybercafé chinoisAfin de redorer le blason du Parti, les autorités chinoises ont tout d'abord pris une décision simple : fermer les forums trop dérangeants en donnant comme motif de la maintenance (qui ont duré des années, tout de même). C'est de cette manière qu'a été fermé le fameux ytht.net. De nouvelles lois ont imposées également aux internautes de s'enregistrer sur les forums avec leurs vraies coordonnées. Malgré les plaintes des étudiants, la main de fer du gouvernement tente toujours de stopper l'hémorragie. Cependant, recréer des forums « clandestinement » est une affaire aisée sur l'Internet et le peuple chinois l'a bien compris. Et ce petit jeu du chat et de la souris démontre que fermer simplement les forums n'est pas suffisant, les internautes ayant toujours de l'avance sur les autorités. Une nouvelle directive est alors mise en place : le PCC engage quelques milliers d'étudiants chinois pour surveiller la Toile et poster des commentaires afin d' « intervenir dans les discussions et orienter les commentaires sur les sujets qui préoccupent le plus d'enseignants et étudiants ». Cette sorte de milice du Net est alors appelée la « Wu mao dang » (la bande à 5 centimes) car il était dit qu'on payait ces gens-là 5 centimes par commentaire. Et la cadence de leur propagande est très élevée, chacun des membres de la "Wu mao dang" doit, par mois, écrire au moins 20 commentaires et 1 article qui vantent l'ouverture de la Chine et de ses universités. Puis le phénomène s'est accentué au cours des deux dernières années. La propagande s'est invitée à tous les échelons de l'administration du pays. Le président chinois Hu Jintao a même personnellement exprimé le souhait de voir naître une gigantesque « propagande positive ». Et c'est ainsi qu'ont été embauchés pas moins de 280000 étudiants, professeurs et cadres dans tout le pays ! Ce chiffre ahurissant nous indique donc que plus d'un internaute chinois sur mille travaille pour le Parti. La réaction des internautes Isaac MaoÉvidemment, cette profusion de messages faisant l'apologie du système chinois n'a pas laissé le Web indifférent. Les internautes ont appris à se protéger de ces commentaires qui anesthésient les débats sincères. Tout d'abord, les membres de la « Wu mao dang » sont de plus en plus repérés sur les forums (ce à cause de tant d'enthousiasme dans leurs messages). Ces membres sont alors assaillis d'insultes et de railleries du type : « Avec l'inflation, il est temps de passer à 6 maos! ». Ils sont également ignorés des discussions et l'on pourrait apparenter leurs messages à des polluriels auquel plus aucune attention n'est portée. Malgré tous les efforts du Parti, l'action de la « bande à 5 centimes » est donc de moins en moins efficace. De plus, cette sorte de cyberpolice a entraîné l'explosion du nombre de blogueurs indépendants, seul moyen d'exercer sa liberté d'expression à peu près correctement, atteste Zhou Shuguang dit Zuola, 27 ans et blogueur et reporteur vedette en Chine. Sa plate-forme lui permet de s'exprimer librement sur des sujets sensibles par exemple les Jeux olympiques. Cette montée d'indépendance n'est cependant pas propre aux blogueurs bénévoles. Il en va de même pour les médias. En effet, comme l'État voit que la censure est inefficace et qu'elle entraîne même les conséquences contraires de celles recherchées, l'erreur ne veut pas être reproduite sur la presse écrite ou télévisuelle. Évidemment, il n'est pas encore question de voir la parution d'un quotidien politiquement ouvert ; le Parti souhaite toujours tracer la ligne de pensée directrice de son peuple, mais une brise de liberté souffle néanmoins sur les médias chinois. Par ailleurs, Isaac Mao, un éminent blogueur chinois, auteur du site cnblog.org et expert de l'Internet de son pays nous livre une information fort intéressante : le gouvernement s'attelle à « stériliser les contenus en langue chinoise; si c'est en anglais, ils s'en fichent ». La langue de Shakespeare serait-elle alors la porte qui mènerait le peuple chinois à la liberté d'expression ? Liens relatifs Des infos sur ytht.net ; CnBlog.org (en chinois) ; Twitter de Zuola, blogueur connu en Chine. 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